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Lundi 22 mai 2006

Comment Wanf-Fo fut sauvé

Marguerite Yourcenar

 

Adaptation et dialogues

Troupe d’élèves de 2nde 5

 

Adaptation de la nouvelle de Marguerite Yourcenar par des élèves de 2nde 5

dans le cadre du projet CDI « Aux Arts Lycéens ! » consacré à l’Orient (et plus particulièrement à l’Asie)

 

Représentation le mercredi 24 mai, à 10h20, en salle théâtre du lycée Voltaire

 
« Comment Wang Fô fut sauvé » , Nouvelles Orientales, 1963

 
Pièce en trois actes

Acte I              La rencontre

Acte II             La voie de Wang Fô

Acte III            Le fils du ciel

 


Au royaume de Han, il y a bien longtemps…

 

Personnages                                                                           Acteurs

La grand-mère (récitant)                                                         Charline

L’enfant Chihiro (récitant)                                                       Madeline

Wang-Fô                                                                               Stéphanie

Ling                                                                                        Amélia

La femme de Ling                                                                   Sarah

L’Empereur, le fils du ciel                                                        Quentin

Le Chœur (masque)                                                                Clément

 

Une marchande                                                                      Sarah

Les buveurs                                                                            Sarah ; Quentin ; Jaber

Le tavernier                                                                            Alexandre

Les soldats de l’Empereur                                                       Alexandre – Clément

Le Ministre des plaisirs parfaits                                               Charline

Le Conseiller des justes tourments                                           Madeline

 

Les acteurs jouent plusieurs rôles.
Les changements de décor se feront par des acteurs en noir et feront partie de la mise en scène.
Prévoir passage entre le panneau de fond et les coulisses pour les acteurs.

 

ACTE I

 

Plateau nu – arbuste au milieu de la scène en retrait. Fond rideau / décor pour effet lumineux (nuit / jour)

Obscurité – lumière bleutée éclairant la grand-mère et l’enfant assis à gauche sur le devant de la scène. Chihiro est assi par terre aux pieds de sa grand-mère.

 GRAND-MERE : Il est temps d’aller se coucher Chihiro…

CHIHIRO : Oh ! Non, Grand-Mère, raconte-moi comment Wang-Fô fut sauvé !

 
Entrée en scène à gauche de Wang-Fô et Ling. Ils traversent lentement le plateau.

GRAND-MERE : Le vieux peintre Wang-Fô et son disciple Ling erraient le long des routes du Royaume de Han. Ils avançaient lentement, car Wang-Fô s’arrêtait la nuit pour contempler les astres, le jour pour regarder les libellules. Ils étaient peu chargés car Wang-Fô s’arrêtait la nuit pour contempler les astres, le jour pour regarder les libellules. Ils étaient peu chargés car Wang-Fô aimait l’image des choses, et non les choses elles-mêmes, et nul objet au monde ne lui semblait digne d’être acquis, sauf des pinceaux, des pots de laque et d’encres de Chine, des rouleaux de soie et de papier de riz.

Les personnages miment la scène et se sont arrêtés. Entrée de la marchande qui les rejoint.

Ils étaient pauvres, car Wang-Fô troquaient ses peintures contre une ration de bouillie de millet et dédaignait les pièces d’argent. Son disciple Ling, pliant sous le poids d’un sac plein d’esquisses, courbait respectueusement le dos comme s’il portait la voûte céleste, car ce sac, aux yeux de Ling, était rempli de montagnes sous la neige, de fleuves au printemps, du visage de la lune d’été.

Travail sur les éclairages. Jeu sur les lumières pour suggérer l’atmosphère, les moments du récit. Les récitants sont dans l’ombre comme figés.
Wang-Fô et Ling sortent lentement pendant que le chœur entre en scène et s’adresse au public.

 
LE CHŒUR : Ling n’est pas né pour courir les routes au côté d’un vieil homme qui s’emparait de l’aurore et captait le crépuscule. Il avait grandi dans une maison d’où la richesse éliminait les hasards. Cette existence soigneusement calfeutrée l’avait rendu timide : il craignait le tonnerre, les insectes et le visage des morts. Quand il eut quinze ans, son père lui choisit une épouse et la prit très belle.

Ils entrent en scène chacun d’un côté et se rejoignent dans l’arbre. Effet de lumière.

Elle était frêle comme un roseau, enfantine comme du lait, douce comme la salive, salée comme les larmes. Après la noce, les parents de Ling poussèrent la discrétion jusqu’à mourir et leur fils resta seul en compagnie de sa jeune femme qui souriait sans cesse, et d’un prunier qui chaque printemps donnait des fleurs roses. Ling aima cette femme au cœur limpide comme on aime un miroir qui ne se ternirait pas, un talisman qui protégerait toujours.

 
Sortie du chœur : Les récitants sortent de l’ombre pendant que Ling et sa femme disparaissent ensemble. Lors des répliques des récitants le décor de la taverne est mis en place : les personnages s’installent et miment la scène.

CHIHIRO : Alors Grand-mère ? Eh !... Ne t’endors pas ! Continue ! Comment ils se sont rencontrés tous les deux, Ling et Wang-Fô ?
GRAND-MERE : Tu es bien impatient mon enfant ! Chut, écoute, vois-tu la taverne allumée là-bas ?
CHIHIRO : Oui.
GRAND-MERE : C’est là qu’une nuit Ling eut Wang-Fô comme compagnon de table. Le vieil homme avait bu pour se mettre en état de mieux peindre un ivrogne. L’alcool de riz déliait la langue de cet artisan taciturne et Wang ce soir-là parlait comme si le silence était un mur, et les mots des couleurs destinées à le couvrir.

Sortie des récitants.

LING faisant signe au patron de la taverne : combien vous dois-je pour moi et cet homme ?
LE TAVERNIER : deux pièces d’argent ! Ce pauvre homme n’a pas l’air d’avoir un toit pour s’abriter, et… L’orage gronde…
LING s’inclinant devant Wang-Fô : Vénérable maître acceptez l’hospitalité de mon humble maison. Vous me parlerez encore de la zébrure livide de l’éclair et je n’aurai plus peur de l’orage…
WAN-FÔ : Je te remercie et te suis…

 

ACTE II

 

Ils font route ensemble : Ling tient une lanterne. Pendant ce temps, changement de décor : un matelas est installé à gauche de la scène.
Ling couche respectueusement le vieillard et le veille. Entrée en scène du Chœur.

LE CHŒUR, montrant Ling agenouillé près du maître : Il ne dort pas, il a appris tant de choses ce soir… que les murs de sa maison ne sont pas rouges, comme il l’avait cru, mais qu’ils ont la couleur d’une orange prête à pourrir. Dans la cour, Wang-Fô a remarqué la forme délicate de cet arbuste auquel personne n’avait prêté attention jusque-là et l’a comparé à une jeune femme qui laisse sécher ses cheveux. Dans le couloir, il a suivi avec ravissement la marche hésitante d’une fourmi le long des crevasses de la muraille, et l’horreur de Ling pour ces bestioles s’est évanoui. Wang-Fô vient de lui faire cadeau d’une âme et d’une perception neuves…

Réveil de Wang-Fô qui se met à peindre en silence, accompagné de Ling qui broie les couleurs. Entrée en scène de la femme de Ling, elle aussi silencieuse, elle s’assoit au pied de l’arbre et son visage reflète une tristesse de plus en plus grande.

Ling fit poser sa propre femme sous le prunier du jardin. Wang-Fô la peignit en costume de fée parmi les nuages du couchant, et la jeune femme pleura, car c’était un présage de mort.

Sortie de Ling et de Wang-Fô. Elle reste seule au pied du prunier.

FEMME DE LING : depuis que le vieux Wong-Fô habite avec nous, je n’existe plus aux yeux de Ling. Il ne voit que lui, qu’à travers lui… Il ne me voit que dans les portraits du maître et les préfère à moi… Je ne suis qu’une image, un reflet… pourquoi continuer à vivre…

Elle ferme les yeux et semble s’endormir.

LE CHŒUR : c’est ainsi qu’un matin elle s’éteignit au pied du prunier rose…

La lumière s’éteint avec elle, le Chœur disparaît aussi.
Entrée en scène des récitants.

CHIHIRO : Mais alors grand-mère, dis-moi, qu’est-ce qu’a fait Ling ? Ils sont restés dans la maison ?
GRAND-MERE : Ling vendit successivement ses esclaves, ses jades et les poissons de sa fontaine pour procurer au maître des pots d’encre pourpre qui venaient d’Occident. Quand la maison fut vide, ils la quittèrent, et Ling ferma derrière lui la porte de son passé. Ils vagabondèrent ensemble sur les routes du royaume de Han…
CHIHIRO : … Tout le monde les connaissait et on disait que Wang-Fô avait le pouvoir de donner la vie à ses peintures. On l’honorait comme un sage ou on le craignait comme un sorcier !
GRAND-MERE : Oui mon enfant, ils mendiaient pour vivre et veillaient l’un sur l’autre. Le soir quand le maître découragé jetait ses pinceaux sur le sol, Ling les ramassait et lorsque Wang était triste et parlait de son grand âge, Ling lui montrait en souriant le tronc solide d’un vieux chêne. Un jour, au soleil couchant, ils atteignirent les faubourgs de la ville impériale…

Pendant la dernière phrase de la grand-mère, Wang-Fô et Ling sont entrés en scène. Sortie des récitants. Eclairage de nuit. Ils s’arrêtent au pied de l’arbre, s’enveloppent dans leurs loques, Ling se couche contre son maître pour le réchauffer.

Une lumière d’aube éclaire la scène, entrée bruyante des soldats. L’un deux pose sa main lourdement sur la nuque de Wang-Fô qui ne peut s’empêcher de remarquer que leurs manches ne sont pas assorties à la couleur de leurs manteaux. Soutenu par Ling, il suit les soldats en trébuchant.

WANG- FO : que se passe t-il ? Où nous emmenez-vous ?....Répondez moi !...

Les soldats ne répondent que par des grognements et entraînent les deux hommes sans ménagement.

 
 

ACTE III

 

Dans la salle du trône : l’Empereur est à gauche de la scène, entouré de ses deux ministres (il est plus haut qu’eux). Les soldats entrent avec Wong-Fô et Ling, les mains liées, qu’ils jettent aux pieds de l’Empereur. Une table basse et du matériel de peinture à côté d’une toile peinte dans un coin. Le fils du ciel est impassible comme un miroir placé trop haut, qui ne reflète que les astres et l’implacable ciel. Comme ses courtisans tendent l’oreille pour recueillir le moindre de ses mots, il a pris l’habitude de parler toujours à voix basse.

WONG-FO prosterné: dragon Céleste, je suis vieux, je suis pauvre, je suis faible. Tu es comme l’été, je suis comme l’hiver. Tu as Dix Milles vies, je n’en ai qu’une, et qui va finir. Que t’ai-je fait ? On a lié mes mains, qui ne t’ont jamais nui.

L’EMPREUR : Tu me demandes ce que tu m’as fait, vieux Wang Fô ?

Sa voix est si mélodieuse qu’elle donne envie de pleurer. Il lève sa main droite…

WONG-FO : Je ne comprends pas, Oh fils du ciel, je n’ai jamais fréquenté jusqu’ici la cour des Empereurs… Que t’ai-je fait ?

L’EMPEREUR, se penchant vers le vieil homme : Tu me demandes ce que tu m’as fait, vieux Wang Fô ? Je vais te le dire. Mais pour te mettre en présence de tes torts, je dois te promener le long des corridors de ma mémoire, et te raconter toute ma vie. Mon père avait rassemblé une collection de tes peintures dans la chambre la plus secrète du palais. C’est dans ces salles que j’ai été élevé, vieux Wong-Fu car on avait organisé autour de moi la solitude pour me permettre d’y grandir. Pour éviter à ma candeur l’éclaboussure des âmes humaines on avait éloigné de moi le flot agité de mes futurs sujets, et il n’était permis à personne de passer devant mon seuil. Les heures tournaient en cercle ; les couleurs de tes peintures s’avivaient avec l’aube et pâlissaient avec le crépuscule. La nuit, quand je parvenais à dormir, je les regardais et pendant près de dix ans je les ai regardées toutes les nuits. Le jour, je rêvais aux joies que me procurerait l’avenir. Je me représentais le monde. Tu m’as fait croire que la mer ressemblait à la vaste nappe d’eau étalée sur tes toiles, si bleue qu’une pierre en tombant ne peut se changer qu’en saphir, que les femmes s’ouvraient et se refermaient comme des fleurs, pareilles aux créatures qui s’avancent, poussées par le vent, dans les allées de tes jardins. A seize ans, j’ai vu rouvrir les portes qui me séparaient du monde : je suis monté sur la terrasse du palais pour regarder les nuages, mais ils étaient moins beaux que ceux de tes crépuscules. J’ai parcouru les provinces de l’empire sans trouver tes jardins pleins de femmes semblables à des lucioles, tes femmes dont le corps est lui-même un jardin. Les cailloux des rivages m’ont dégoûté des océans ; la vermine des villages m’empêche de voir la beauté des rizières ; la chair des femmes vivantes me répugne comme la viande morte qui pend aux crocs des bouchers, et le rire épais de mes soldats me soulève le cœur. Tu m’as menti, Wang Fô, vieil imposteur : le monde n’est qu’un amas de tâches confuses, jetées sur le vide par un peintre insensé, sans cesse effacées par nos larmes. Le royaume de Han n’est pas le plus beau des royaumes et je ne suis pas l’Empereur. Le seul empire sur lequel il vaille la peine de régner est celui où tu pénètres, vieux Wong, par le chemin des Milles courbes et des Dix Milles couleurs. Toi seul règne en paix sur des montagnes couvertes d’une neige qui ne peut fondre et sur des champs de narcisses qui ne peuvent mourir. Et c’est pourquoi Wong-Fô, j’ai cherché quel supplice te serait réservé, à toi dont les sortilèges m’ont dégoûté de ce que je possède et donné envie de ce que je ne posséderai pas…

WONG –FO : Je n’ai jamais cherché à te mentir, Fils du ciel, j’ai peint ce que mon âme voyait à travers mes yeux. Ils ne sont que les portes de mon humble royaume, comme mes mains sont les deux routes aux dix embranchements qui mènent à son cœur… Quel sort me réserves tu ? Me faire disparaître ? M’enfermer dans un cachot ?

L’EMPEREUR : Pour t’enfermer dans le  seul cachot dont tu ne puisses sortir, j’ai décidé qu’on te brûlerait les yeux et qu’on te couperait les mains. M’as-tu compris, vieux Wong-Fô ?

En entendant cette sentence, Ling arrache de sa ceinture un couteau ébréché et se précipite sur l’Empereur. Les gardiens le saisissent. L’Empereur sourit et ajoute dans un soupir.

L’EMPEREUR : Je te hais aussi, vieux Wong-Fô, parce que tu as su te faire aimer. Tuez ce chien !
Ling fait un bond pour éviter que son sang vienne tâcher la robe de son maître. Un des soldats lève son sabre et tue Ling. Ils l’emportent pendant que Wong-Fô laisse couler ses larmes.
Ecoute, vieux Wong-Fô sèche tes larmes car ce n’est pas le moment de pleurer. Tes yeux doivent rester clairs, afin que le peu de lumières qu’il leur reste ne soit pas brouillé par tes pleurs. Car ce n’est pas seulement par rancune que je souhaite ta mort ; ce n’est pas seulement par cruauté que je veux te voir souffrir. J’ai d’autres projets vieux Wong-Fô. Je possède dans ma collection de tes œuvres une peinture admirable mais inachevée et ton chef d’œuvre est à l’état d’ébauche. Je veux que tu consacres les heures de lumière qui te restent à finir cette peinture, qui contiendra ainsi les derniers secrets accumulés au cours de ta longue vie. Mais si tu refuses, avant de t’aveugler, je ferai brûler toutes tes œuvres !

WANG-FO : Tu n’en auras pas besoin, Dragon céleste, car pour moi ce dernier commandement est un cadeau au vieil artiste que je suis. Tu le sais, la toile est la seule maîtresse que je n’aie jamais caressée et m’offrir des pinceaux, des couleurs et de l’encre pour occuper mes dernières heures c’est faire l’aumône d’une fille de joie à un homme qu’on va mettre à mort.

L’EMPEREUR : Amenez-lui la peinture.

Sur un signe du petit doigt de l’empereur les soldats apportent la peinture inachevée où Wong-Fô avait tracé l’image de la mer et du ciel. Wong-Fô sèche ses larmes et sourit.


WONG-FO : cette esquisse me rappelle ma jeunesse… Mais il y manquait quelque chose car à l’époque où je l’ai peinte je n’avais pas encore contemplé de montagnes, ni de rochers baignant dans la mer leurs flancs nus, et je n’étais pas assez pénétré de la tristesse du crépuscule…

En disant ces mots il s’était mis à peindre… absorbé il ne se rendit pas compte que l’eau envahit la salle petit à petit jusqu’à atteindre l’Empereur. Le frêle canot grossit sous les coups de pinceaux et Ling apparaît (milieu de la scène sort du cadre) il a encore la tache ensanglantée signe de mort, il s’approche de Wong-Fô.

WONG-FO : Je te croyais mort.
LING : Vous vivant, comment aurais-je pu mourir ?

Il le prend par le bras pour l’emmener dans le tableau.

WANG-FO : Regarde mon disciple, ces malheureux vont périr, si ce n’est déjà fait. Je ne me doutais pas qu’il y avait assez d’eau dans la mer pour noyer un Empereur. Que faire ?

LING : Ne crains rien, Maître, bientôt ils se trouveront à sec  et ne se souviendront même pas que leur manche ait jamais été mouillée. Seul l’Empereur gardera au cœur un peu d’amertume marine. Ces gens ne sont pas fait pour se perdre à l’intérieur d’une peinture… La mer est belle, le vent est bon, les oiseaux marins font leur nid. Partons, mon Maître, pour le pays au-delà des flots.

WONG-FO : Partons.

 
Ils s’éloignent à travers le cadre, dans la peinture… L’eau diminue progressivement… l’Empereur penché en avant les regarde s’éloigner. La lumière baisse et les récitants apparaissent.

CHIHIRO : Alors grand-mère, on ne les a plus jamais revus !

GRAND-MERE : Non mon enfant, Wong-Fô et son disciple ont disparu à jamais sur cette mer de jade bleue que Wong-Fô venait d’inventer…

Par 2nde 5 - Publié dans : Théâtre
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Jeudi 18 mai 2006

Le roman d’Amélie Nothomb, Stupeur et tremblements est un récit réaliste, qui nous raconte la vie d’une femme d’aujourd’hui dans la société japonaise. Vous pourrez dire qu’une histoire banale comme celle-ci fait un livre ordinaire mais non. Stupeur et tremblements est tout l’inverse. Il ose raconter avec une ironie fine les conditions humaines, les problèmes psychologiques de la société japonaise. Tout ceci est raconté avec une grande clarté et originalité, qui rend l’histoire attrayante. Intrigue simple et en même temps complexe, c’est tout ce qui fait son charme… L’intrigue est une chose importante pour attirer le lecteur mais dans ce cas l’effet peut être radical : il y a toujours le risque de perdre le lecteur dans les méandres de cette société japonaise… La présence du narrateur permet d’établir un lien étroit avec le lecteur car on cerne mieux le personnage d’Amélie San (personnage principal). Le suspens est présent mais particulier. Il se crée grâce à des répétitions :

« M. Haneda était le supérieur de M. Omochi, qui était le supérieur de M. Saito, qui était le supérieur de Melle  Mori, qui était ma supérieur… »

Un peu monotone comme début de roman mais à la fois plein d’humour… C’est comme la généalogie de l’ancien testament ! On voit grâce à cet extrait que les personnages sont clairement identifiables. En effet, Amélie Nothomb décrit très précisément chacun des personnages :

« elle avait le plus beau nez du monde, le nez japonais, ce nez inimitable aux narines délicates  et reconnaissable entre mille »

dans le roman, le personnage d’Amélie San idéalise totalement la société nippone, qui pourtant la rejette ce qui provoque un certain malaise que l’on délecte comme un nectar… Il est décrit parfaitement la splendeur et la décadence de la société nippone. La splendeur, c’est le côté raffiné de cette société et la décadence, c’est la prise de conscience d’Amélie San, sa position et sa chute libre… Même si parfois les descriptions sont poussées à l’extrême et deviennent sans intérêt car lassantes, l’écriture de Stupeur et tremblements est assez dynamique. Il y a toujours une petite nouveauté ; le lecteur est comme un chercheur dans un laboratoire. L’écriture parfaitement adaptée à l’histoire confère un intérêt supplémentaire au roman. C’est un récit, qui ne laisse a coup sûr pas indifférent. Il amuse, agace et bouleverse…

 

 

 

Par Noémie 2nd 13 - Publié dans : Littérature
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Mercredi 17 mai 2006
Stupeurs et tremblements... c'est un titre assez prenant, non ? Amélie Nothomb, qui a remporté le Grand Prix du roman de l'Académie française en 1999 grâce à ce livre, et qui est déjà l'auteur d'Hygiène de l'Assassin, transporte cette fois-ci ses lecteurs au Japon. On traversera donc la même tempête de neige. Oui, les sept mois de la vie d'Amélie Nothomb au Japon ne sont pas de tout repos. Celle-ci est embauchée au début des années 1990 par une puissante entreprise japonaise, Yumimoto. Elle fait alors la rencontre de sa supérieure directe, mademoiselle Mori : "Mademoiselle Mori mesurait au moins un mètre quatre-vingts, taille que peu d'hommes japonais atteignent. Elle était svelte et gracieuse à ravir, malgré la raideur nippone à laquelle elle devait se sacrifier. Mais ce qui me pétrifiait, c'était la splendeur de son visage." Plus loin on peut lire encore : "Mais je ressentais un grand apaisement, parce que j'étais la collègue de Fubuki Mori." Enfin on découvre toute l'importance de ce personnage fascinant de Mori : "Tempête de neige ! Fubuki signifie "tempête de neige" !" Mais qui se cache derrière Fubuki, est-elle vraiment comme le croit Amélie Nothomb ?

Amélie Nothomb arrive parfaitement à capter l'attention de son lecteur qui s'attache très vite à son personnage. Elle écrit avec beaucoup d'humour et grâce au point de vue interne elle est énormément présente. De plus son écriture est rythmée : elle utilise des phrases courtes, des mots simples et entrecoupe la narration et la description par des dialogues.

Finalement Amélie Nothomb arrivera-t-elle à vaincre la tempête de neige ? C'est à vous de le découvrir... Ce livre nous apprend beaucoup sur l'humilité et les coutumes japonaises.

Il est évident que ceux qui disent que ce livre est ennuyeux ne l'ont pas lu attentivement ! Et ceux qui disent qu'il n'y a pas d'action, c'est qu'ils n'ont pas pris le temps de bien lire et d'entrer dans cet univers en même temps intime d'Amélie Nothomb et universel des relations entre individus, ici ou ailleurs, d'une ou plusieurs civilisations.
Par Aliénor 2nde 13 - Publié dans : Littérature
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Vendredi 12 mai 2006

BILAN ARTISTIQUE

 

DU PROJET AUX ARTS LYCEENS

 

« Regards vers l’Orient »

 

 Un projet culturel interdisciplinaire rassemblant autour du C.D.I.

 une douzaine de professeurs et plus de deux cent cinquante lycéens

 

Chaque année, le C.D.I. du Lycée Voltaire est à l’initiative d’un projet culturel rassemblant le plus de professeurs et d’élèves possible. L’idée est d’ouvrir les yeux de nos lycéens sur la culture d’un espace géographique donné, en l’occurrence l’Afrique du Nord en 2003, l’Afrique sub-saharienne en 2004, le monde celte en 2005, et l’Orient cette année, d’où l’émergence du projet « Regards vers l’Orient ».

 

Quels étaient cette année la thématique et les objectifs généraux du projet ?

 

- sensibiliser les lycéens à l’influence de l’Orient sur la culture occidentale,

 

- et en particulier la littérature, le cinéma, la civilisation, le théâtre, les arts et l’économie de la Chine et du Japon,

 

- rassembler grâce à ce projet fédérateur le maximum d’élèves (en tout 274 lycéens ont été concernés) autour d’activités artistiques et culturelles.

 

Nouveauté cette année pour la production choisie, commune, fédératrice des différentes productions des élèves, gratuite, accessible, ouvert sur le monde et actualisable régulièrement : ce blog, illustrant par ses différentes rubriques les travaux de toutes les disciplines.


 

LE PROJET A LA LOUPE : LES RUBRIQUES DU BLOG

 

 

Littérature

 

Le premier projet littéraire s’intitulait « Fantasmes autobiographiques et réalité : des points de vue narratifs de deux femmes occidentales sur le Japon et l’Indochine » (avec deux professeurs de lettres, une classe de 1ère S, une de 1ère ES et une de L = 80 élèves). Mes collègues cherchaient par ce biais à aborder de manière innovante le programme de 1ère, à développer leur capacité à argumenter, à travailler sur le récit et sur la réalité fantasmée à travers trois romans d’Amélie Nothomb (Métaphysique des tubes, Le Sabotage amoureux et Stupeur et tremblements) et L’Amant de Marguerite Duras. Elles attendaient des élèves l’éveil d’un plaisir à ces lectures, avec un engouement relayé par leur choix en TPE et les adaptations cinématographiques de ces œuvres. Une lettre amusante fut adressée à Amélie Nothomb par le biais de la Maison des écrivains, l’invitant à venir rencontrer ses jeunes lecteurs, qui resta hélas sans réponse.

Trois séances furent proposées au CDI sur la rédaction de la biographie d’un écrivain, en insistant plus particulièrement sur les critères de sélection des documents et la prise en notes des informations qu’ils reformulaient dans leurs articles sur le blog. 

 

Le second projet consistait en un Goncourt Orient réunissant deux classes de seconde (65 élèves) et leur professeur de lettres respectif.

Cette rotation de livres à un rythme assez rapide, entre deux classes, permet en effet de faire lire les lycéens de manière intensive, de leur faire exercer un esprit critique né de la comparaison entre les romans, de les amener à affiner leur jugement personnel et esthétique sur des œuvres parlant de la Chine et du Japon, et surtout de leur donner le goût de lire. Cette dynamique de rotation, accompagnée d’une certaine émulation, conduit ainsi à une incitation et à un plaisir de lecture propre au principe du Goncourt des lycéens. Cette fois, outre l’acquisition des romans et la gestion de la rotation des romans, nous intervînmes en binôme avec les professeurs de lettres pour des animations lecture en ouverture et en clôture du projet.

La sélection était constituée de : Stupeur et tremblements d’Amélie Nothomb, Balzac et la petite tailleuse chinoise de Dai Sijie, Soie d’Alessandro Baricco, La Joueuse de go de Shan Sa, Le fusil de chasse de Yasushi Inoué, et Que cent fleurs s’épanouissent de Jicai Feng. A la réflexion, nous aurions dû remplacer ce dernier, de littérature jeunesse, peut-être trop simple mais très apprécié, par Le pousse-pousse de Lao She.

Les lycéens rédigèrent chacun une critique argumentée de leur roman préféré de la sélection. Il s’avérait qu’il s’agissait pour les 2nde 1 précisément de Que cent fleurs s’épanouissent, et pour les 2nde 13 de La Joueuse de Go. La joute verbale sous forme de débat qui devait initialement réunir les deux classes n’eut pas lieu, faute de temps (grèves), chaque classe délibérant de son côté. Une vingtaine des meilleures critiques de ces deux classes sont consultables sur le blog.

 

Faire découvrir la littérature classique chinoise à une classe de 1ère L constituait le troisième projet littéraire. Cette action permettait d’aborder de manière innovante le programme de 1ère en travaillant sur l’écriture poétique chinoise. Elle fut abandonnée par forfait par la collègue de lettres car tombant en période de grève lycéenne.

 

            Enfin, un quatrième projet littéraire vint se greffer au projet « Regards vers l’Orient » en cours, un autre professeur de lettres souhaitant avec ses élèves adapter au théâtre la nouvelle Comment Wang Fo fut sauvé de Marguerite Yourcenar, en assurer la mise en scène et les faire jouer pendant la semaine ASIE. Envers et contre tout, malgré un long congé maladie et les grèves, le spectacle eut lieu le mercredi matin 24 mai pour la journée Asie et obtint un grand succès. Une seconde représentation fut prévue le mardi 30 ami à 19 heures pour permettre aux parents d’élèves d’y assister. 

 

Concours  MANGAS

 

Parallèlement, un concours permettant de découvrir les talents cachés des élèves individuellement fut reconduit. En effet, la forme du concours permet de mettre en avant leurs qualités passant parfois inaperçues au cours de leur scolarité et de rassembler tous les électrons libres dans les différentes classes qui peuvent être passionnés par cette forme d’expression artistique. L’année précédente, déjà, nous avions pu observer, par le nombre de candidats, un fort engouement pour la participation au concours. Cette année, le succès fut aussi de mise, puisque la majorité des élèves s’était inscrite dans la catégorie « Mangakas », et très peu dans la catégorie « Lecteurs ». Pour les premiers, non seulement ils avaient à imaginer un scénario et à écrire des dialogues, mais encore à dessiner des personnages à la manière des mangakas, individuellement ou en binôme. Ces productions personnelles, exposées au CDI, manifestaient leur imagination, leur créativité et leur talent. Les seconds avaient, eux, à retracer l’historique et les caractéristiques des mangas, avant de faire la critique de séries choisies parmi celles dont le CDI avait fait l’acquisition. Les lauréats furent récompensés le mercredi 24 mai par des bons d’achat de 20 euros pour les premiers, de 15 euros pour les seconds, et par des mangas pour les suivants. Un cocktail suivi d’un repas couronné par un gâteau illustrant un manga, offert en salle de réception, clôtura la cérémonie de remise des prix, laissant les lauréats complètement enthousiastes.

 

Gastronomie

 

Un repas chinois en février 2006 et un repas japonais en mai 2006 devaient être confectionnés par la Cuisine centrale du lycée, grâce aux deux ouvrages de cuisine achetés par le C.D.I., ce qui permettait de faire connaître l’existence du projet à l’ensemble du lycée, et de les initier à la gastronomie asiatique. Tombant un jour de grève du personnel, cette initiative dut malheureusement être abandonnée pour le repas chinois de février. En revanche, un repas japonisant fut préparé à l’occasion de la Journée Asie le mercredi 24 mai, avec la confection par le chef cuisinier d’un superbe fraisier manga.

 

Théâtre

 

Pour les trois professeurs de l’option théâtre, il s’agissait de sensibiliser les élèves, en particulier les Terminales (au programme), au théâtre oriental, de poursuivre le travail entrepris en 2004-2005 avec la représentation Kabûki, et de faire travailler les élèves en pratique à partir des codes de jeux du théâtre Nô et du Kabûki. Chaque phase significative du projet était développée en partenariat avec les artistes. Une conférence sur le théâtre Nô introduisit le jeudi 3 novembre le spectacle « Dô » proposé au théâtre voisin par la Compagnie « Articule », auquel succéda une rencontre entre les élèves, les acteurs, le metteur en scène et directeur de la compagnie Christophe Maltot. Des ateliers d’initiation en rapport avec le pays visité par la création étaient proposés ensuite aux élèves sur inscription, trois séances de travail ayant été prévues avec les danseurs Butô, Gyohei Zaïtsu et Maki Watanabe. Seulement, le stage étant prévu le week-end, aucun élève ne s’inscrivit au stage, si bien qu’aucun réinvestissement sous forme de spectacle ne pouvait avoir lieu. Une synthèse des critiques du spectacle « Dô » fut diffusée sur le blog.

 

Arts

 Il était question aussi qu’un groupe de travail avec les 1ères en option histoire des arts soit également constitué autour de l’Inspiration artistique japonisante fin XIXe siècle, un des aspects de leur programme. Malheureusement ce sujet ne fut pas choisi par les élèves.  

 Parallèlement, des ateliers de calligraphie chinoise furent proposés aux élèves du Goncourt Orient lors de deux séances de deux heures en mars et en avril, les fournitures étant financées par le CDI et l’aspect théorique diffusé sur le blog. Une exposition des productions des élèves était prévue durant la SEMAINE ASIE. Seule la séance d’initiation eut lieu, la seconde étant suspendue pendant les grèves lycéennes.

 Enfin, le professeur d’arts plastiques travailla avec ses élèves de Terminales sur le geste zen, et finit par une démonstration personnelle sur tout le mur du hall pour l’ouverture de la journée Asie.

 

Economie

 
Enfin, l’économie n’était pas en reste puisqu’un professeur de SES s’inscrivait dans le projet en évoquant l’implantation des entreprises en Chine avec une classe de Terminale ES, lui faisant comprendre l’émergence du marché et les stratégies d’extraversion d’ouverture à l’économie mondiale en comparant la Chine et le Japon.

 

En cette période troublée, où il était prévu que le projet se développe le plus largement possible, bon nombre d’actions furent forcément remises en question.

Du reste, un axe, élément moteur du projet et précédant cette période, s’est parfaitement déroulé : il s’agit de l’axe cinéma, dont l’apogée fut la rencontre avec les réalisateurs au Festival de cinémas d’Asie à Vesoul.

 L’axe cinéma a voulu voir Vesoul…

 
Deux profils de lycéens furent touchés par cet axe cinéma, lequel envisageait dès le départ un déplacement au Festival du Cinéma d’Asie de Vesoul, créé il y a douze ans par deux collègues documentalistes, Martine et Jean-Marc Thérouanne, et dont le succès ne cesse de se confirmer.

Les premiers (une douzaine), très motivés, participaient chaque mercredi après-midi à l’atelier cinéma.  Il s’agissait dans le cadre du projet de les initier à la culture du cinéma asiatique, de forger leur esprit critique, de développer leur capacité à argumenter, et de leur faire rencontrer des artistes (réalisateurs, acteurs) et des critiques de cinéma. En amont du festival, ils assistèrent à la projection du film Be with me de Eric Khoo (Singapour) aux Carmes, cinéma d’art et d’essai orléanais, en décembre. Suivit la projection du film Three Times de Hou Hsiao Hsien, invité d’honneur au festival de Vesoul, avec projection de toute son œuvre, toujours aux Carmes, partenaire de l’atelier, le mercredi 11 janvier à 13h45. Le mercredi suivant, une analyse de ce film leur fut proposée, ainsi que d’In The Mood for love  de Wong Kar Wai, président du festival de Cannes 2006, à l’appui de quelques extraits et d’une analyse comparative avec les romans Tête-bêche de Liu Yichang, dont le réalisateur chinois s’est quelque peu inspiré, et La Princesse de Clèves de Madame de La Fayette.  

Les seconds (une quinzaine), au contraire, étaient issus d’une première scientifique consolidée, à petit effectif. Ils avaient pu bénéficier de plusieurs séances de travail avec M. Mercier, leur professeur d’anglais, d’abord de recherche documentaire sur la cérémonie du thé par exemple, puis d’invention d’un court récit narratif en anglais. Certains d’entre eux acceptèrent de venir voir avec nous Three Times un mercredi après-midi, ce qui pour eux constituait une première fréquentation d’un cinéma d’art et essai, et un premier film en version originale sous -titré. Au C.D.I., dix groupes de recherche en 1ère S6 furent répartis sur l’histoire de la Chine au XXe siècle et l’histoire du cinéma chinois. Leur furent indiqués les documents imprimés et en ligne disponibles, de façon à ce qu’ils privilégient les étapes de la prise de notes et de la reformulation des informations avant de les taper directement sur le blog. A la suite, ils furent initiés par le biais d’une analyse du film In the mood for love aux spécificités d’un certain cinéma asiatique. Aucun, d’ailleurs, n’avait jamais vu de film « sans action » et, qui plus est, sous-titré. Faire participer cette classe au Festival de Vesoul constituait indéniablement un beau pari. fin